La conférence From World War II to American Avant-Garde: How Did Eastern European Experiences Shape “New American Cinema”?, qui s’est tenue le 10 avril 2025 et a été prononcée par le jeune chercheur Łukasz Kiełpiński (Université de Varsovie, Université de Toronto), portait sur l’influence des expériences des migrants d’Europe de l’Est sur la formation du New American Cinema ainsi que sur le contexte plus large de l’avant-garde cinématographique américaine d’après-guerre.
Comme l’a souligné Łukasz Kiełpiński, le New American Cinema, né à New York dans les années 1950–1970, ne constituait pas une école esthétique cohérente. Ce qui le caractérisait, c’étaient des valeurs communes : indépendance artistique, intimité et liberté de création. Le mouvement se démarquait à la fois du cinéma hollywoodien classique et de l’avant-garde américaine des années 1940, proposant de nouvelles formes d’expression filmique, plus personnelles. La figure centrale de ce milieu était Jonas Mekas – poète lituanien ayant fui la Lituanie occupée par les nazis, passé par un camp de travail en Allemagne, puis émigré aux États-Unis. Fasciné par New York, Mekas y entama une activité artistique en tant que cinéaste et critique. Ses films autobiographiques, tels que Walden (1969), Reminiscences of a Journey to Lithuania (1972) et Lost Lost Lost (1976), expriment à la fois son vécu de migrant et l’atmosphère de la contre-culture américaine. Mekas participa également à la création de la revue Film Culture, qui servit de plateforme intellectuelle pour débattre du rôle du cinéma d’auteur et du cinéma personnel, inspiré notamment par la Nouvelle Vague française. C’est dans cet espace que se sont cristallisées les idées à l’origine du New American Cinema.
Co-fondateur de Film Culture et acteur essentiel, bien qu’aujourd’hui oublié, de ces débats, Edouard de Laurot, également connu sous le nom d’Edward Laudański, défendait une vision du cinéma radicalement différente de celle de Mekas. Théoricien et réalisateur d’origine polonaise, de Laurot considérait le film comme un moteur d’engagement social et de réaffirmation des valeurs universelles. Dans des textes tels que Towards a Theory of Dynamic Realism (1955), il prônait l’alliance entre l’expérience personnelle et le contexte politique et historique. Ses films, dont Listen, America! (1967) et Black Liberation/Silent Revolution (1971–72), réalisés en collaboration avec Malcolm X et les Black Panthers, constituaient une alternative engagée à l’individualisme du New American Cinema. Le conflit avec Mekas, qui culmina pendant le tournage de Guns of the Trees, mit fin à leur collaboration.
Au cours de sa lecture, Łukasz Kiełpiński a démontré que ce désaccord artistique profond entre Jonas Mekas et Edouard de Laurot reflétait des dilemmes éthiques et esthétiques liés à leur compréhension divergente du rôle de l’artiste dans le monde contemporain.





